Le concept de l’humanitude

ball-2585603__340Le concept d’humanitude est né en 1980 aux Etats-Unis porté par Freddy Klopfenstein. En 1989, un gériatre français, Lucien Mias, introduit pour la première fois le terme d’humanitude dans les soins. Et c’est en 1995 que Rosette Marescotti et Yves Gineste décident d’écrire une nouvelle philosophie de soins qu’ils baptisent la « philosophie de l’humanitude ».

 

Le but : réhabiliter les personnes âgées dans leur dignité et améliorer les relations entre patient et soignants.

Les personnes atteintes de syndromes démentiels (qui  représentent  la majorité des personnes vivant dans des institutions) souffrent souvent, lors des soins, certains types de «troubles du comportement» (réunis sous l’appellation de CAP: Comportements d’Agitation Pathologique).

Leur manifestation se traduit par une forte opposition aux soins qu’elle soit verbale (cris, insultes…) ou physique (coups, morsures, griffures…).

Ces comportements sont le plus souvent défensifs: la personne ne parvient plus à identifier, comprendre et analyser leur situation de soin, le personnel soignant et a souvent du mal à vivre les aspects sensoriels ou psychiques désagréables qu’elle peut ressentir.

Les patients Alzheimer, en situation de vulnérabilité, sont émotionnellement et relationnellement « hyper-réactifs » avec l’environnement.

La personne âgée ne se reconnaissant pas comme dépendante nécessitant des aides et soins, aura du mal à accepter qu’un étranger intervienne (dans sa toilette par exemple) et refusera tout contact physique avec l’aide-soignant.

Les patients Alzheimer, en situation de vulnérabilité, sont émotionnellement et relationnellement « hyper-réactifs » avec l’environnement.

Les personnes âgées souffrant de syndromes démentiels avancés, vont vivre tout soin comme une agression et leurs réactions peuvent donner aux soignants le sentiment de maltraiter leur patient.

Les différents intervenants se trouvent en face de deux situations de refus de soin ;

– il s’agit d’une personne âgée comprenant que c’est un soin mais le refusant quand même: le soignant respectera son refus.

– il s’agit d’une personne âgée dont l’autonomie psychique est altérée, qui ne comprend pas que c’est un soin, se croit agressée et exprime son refus, le soignant ne respectera  pas son opposition.Face à ce genre de réactions, il est important de définir les éléments pouvant multiplier les risques de CAP: réveil par un tiers, horaires inadaptés au patient, soignant mal accepte par la personne âgée, requêtes non prises en considération, etc…

 

Les principes de l’Humanitude 

La personne est en humanitude par le biais des canaux sensoriels de la communication (regard, parole, toucher) pour gérer les périodes d’agitation et d’opposition du patient dans le respect de l’individu.

Les canaux sensoriels :

Le regard : lorsque les mots ne sont ne sont plus possibles ou ne sont plus adaptés, le regard devient un moyen de communication important. Le regard échangé doit fixer le visage de la personne et non le fuir, être ouvert et souriant et exprimer gentillesse et empathie.

La parole, elle est indispensable pendant les soins même si le patient ne peut répondre. Annoncer et expliquer chaque geste est primordial pour rassurer la personne âgée.

Le toucher est également un appel d’humanitude comme «confirmation de notre présence au monde», important lorsque la parole n’est plus là.

Dans les soins, le toucher apporte un réconfort certain et favorise l’estime de soi chez le malade, que cela soit un toucher « technique » (prise de pouls par exemple) ou une forme de sollicitude (prendre la main d’une personne en train de pleurer par exemple).

Le principe de  verticalité est lui aussi important: la station debout est celle qui distingue l’humain. Elle a de nombreux bénéfices, tant psychologiques que physiques pour la personne, et ce, à tout âge.

Le respect de l’individu :

– le respect du refus ;

-le respect du sommeil ;

– le respect du ressenti et du rythme de vie (ne pas hésiter à remplacer le soignant avec qui la personne âgée ne s’entend pas, par exemple)

– le respect des habitudes ;

-le respect des besoins comme ne pas forcer la personne à manger si elle dit ne pas avoir faim ou à dormir si elle n’a pas sommeil.

 

La mise en œuvre de ces principes doit permettre une meilleure écoute et une amélioration des soins.

Une fois ces principes compris, l’intervenant doit apprendre à s’adapter à chacun de ses patients: savoir prendre le temps, apprendre à écouter, respecter autant que faire se peut les besoins et désirs exprimés par la personne âgée et apprendre à la connaitre mieux.

 

Les techniques de l’humanitude :

Les préliminaires au soin : un regard dans les yeux, une voix douce, des mots positifs. Le toucher est alors proposé mais non imposé (de 20 secondes à 2 minutes), la personne âgée peu alors s’adoucir et accepter le soin, sous forme verbale ou non. (Si après 2 minutes de préliminaires, le patient est toujours réticent au soin, celui-ci est simplement reporté).

– le déroulement du soin et l’état de détente grâce aux combinaisons regard-toucher, regard-parole, parole-toucher sont un message de calme et de douceur toniques et permettent un déroulement serein des soins.

-La consolidation émotionnelle : au terme du soin, le soignant communique de manière claire avec le patient et lui exprime que le soin s’est bien passé, ce qui provoque un feeling positif chez la personne âgée.

 

Des résultats certains 

Une étude a été réalisée sur 111 femmes âgées de 67 à 101 ans qui présentaient une démence de type Alzheimer et résidaient en établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Dans chaque cas, il s’agissait de mesurer les réactions lors de la toilette – moment le plus délicat – avant et après la formation des soignants aux techniques de l’humanitude.

Dans 83 % des cas, les soins habituellement difficiles ont été améliorés de façon importante (43 % « mieux ») ou très importante (50 % « beaucoup mieux »).

Alors que près de la moitié des patientes donnaient des coups, dont 23% avec une intensité forte ou très forte, après l’application de la méthode 65 % n’en donnaient plus du tout .