La maltraitance des personnes âgées

la maltraitanceL’OMS définit la maltraitance des personnes âgées comme « un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. Ce type de violence constitue une violation des droits de l’homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales; les violences matérielles et financières; l’abandon; la négligence; l’atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect ».
En France, 5% des personnes de plus de 65 ans et 15% des plus de 75 ans, soit 600.000 personnes en tout, subiraient une forme ou une autre de maltraitance, selon les chiffres publiés par Alma France.
Selon la Fédération 3977 de lutte contre la maltraitance à domicile, ces violences se produiraient majoritairement à domicile, à hauteur de 83%.

Comment se manifeste la maltraitance ?

La maltraitance des personnes âgées peut se manifester sous forme de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales ou encore sous forme de négligence (intentionnelle ou non). Les tentatives d’extorsion (ex : signature de chèque forcée) ou toute autre violence financière, toutes formes de chantage, d’abandon, les atteintes graves à la dignité de la personne, et l’irrespect sont également considérés comme des maltraitances.
La maltraitance demeure majoritairement non intentionnelle et est plutôt le fait de négligences, mais il arrive que la maltraitance résulte d’une volonté d’humilier les personnes vulnérables qui dépendent d’eux.

Les différents facteurs liés à la maltraitance des personnes âgées

Il semble que certaines situations exposent particulièrement les personnes âgées au risque de violence et de maltraitance.
De nombreux facteurs entrent en compte dans l’appréciation du risque couru par une personne âgée de subir une forme ou une autre de maltraitance :

  • La cohabitation : Lorsque l’aidant réside chez la personne âgée et dépend d’elle pour son logement ou est dépendant de la personne âgée pour des raisons financières.
  • Une santé physique et mentale défaillante de la personne âgée : les personnes âgées en mauvaise santé sont plus susceptibles d’être maltraitées que les personnes en bonne santé.
  • Se retrouver dans l’obligation de prendre soin d’un parent âgé malgré un emploi du temps chargé augmente les risques de maltraitance.
  • Le sexe de la personne âgée : les femmes sont plus fréquemment victimes de maltraitance que les hommes, notamment lorsqu’elles deviennent veuves.
  • Nombreuses sont les personnes âgées mises à l’écart à cause de leurs infirmités (physiques ou mentales).Cet isolement social, qui s’applique aux personnes âgées mais aussi à leurs aidants, augmente les risques de maltraitance.
  • L’éloignement géographique fréquents des enfants entraîne un certain isolement et une fragilité chez personnes âgées, les rendant plus vulnérables et sujet à la maltraitance.
  • Le stress de l’aidant : Le stress et la frustration déclenchés par la perte d’autonomie progressive de la personne âgée -mentale ou physique- est très stressante. De plus, les aidants n’ont pas toujours les compétences requises, l’information ou les ressources, ce qui peut conduire à la maltraitance et à la négligence.
  • Stress externe : problèmes financiers, stress au travail, et facteurs de stress supplémentaires de la famille risque d’augmenter le risque de maltraitance mais aussi le risque d’abus financiers.
  • La « transmission de la violence »: les personnes ayant été victimes de mauvais traitements sont plus susceptibles de réagir à la frustration et au stress par la violence et la maltraitance.
  • Certains professionnels de soins peuvent devenir maltraitants en réaction à leurs difficultés personnelles (émotionnelles, professionnelles,…).La maltraitance en institution est plus susceptible apparaître lorsque le personnel est mal formé ou surchargé de travail, quand la relation soignant-résident est difficile, quand l’institution est défectueuse ou que ses intérêts passent avant ceux des personnes âgées.
  • Atteintes à la dignité des personnes âgées et notamment toutes les formes d’infantilisation (tutoyer le patient sans son accord, l’appeler Mamie ou Papi ou lui parler comme à un petit enfant).

Reconnaître les signes de maltraitance

Certains signes peuvent nous laisser suspecter une maltraitance.
Les signes physiques :

  • hygiène défaillante ;
  • apparence négligée et/ou non adaptée à la saison ;
  • blessures et/ou hématomes sans apparente raison ;
  • absorption excessive de calmants ou d’antidouleurs ;
  • symptômes de malnutrition ou de déshydratation ;
  • perte de poids importante ;
  • plaintes de trop froid ou trop chaud dans l’appartement ou la structure ;
  • hospitalisations répétées.

Les signes psychologiques et financiers :

  • compte en banque vide ou en déficit sans raison apparente ;
  • troubles du sommeil, apathie, pleurs fréquents …
  • peur et méfiance qui n’existaient pas auparavant ;
  • changements d’humeur soudains ;
  • demande de permission pour des actes simples comme répondre à une question ;
  • pensées suicidaires ;
  • demande de séparation du conjoint ou de l’aidant ;
  • tendance à vouloir s’isoler.

Les maltraitances peuvent agir de plusieurs manières : 

  • Brûlures (de cigarettes notamment), coups voire viol.
  • Harcèlement, chantage, pression …
  • Négligence et privation : refus de donner des soins ou d’aider une personne âgée à se déplacer ou se nourrir, refus d’affection ou d’attention.
  • Délaissement : abandon d’une personne âgée (à son domicile par exemple) alors qu’elle n’est pas en mesure de se protéger.

La peine encourue par l’auteur du délaissement est de cinq ans d’emprisonnement et 75000 euros d’amende (article 223-3 du Code pénal).

Attention !
Si vous êtes témoins ou avez la certitude d’être en face d’un cas de maltraitance envers une personne âgée, vous êtes tenus de le signaler aux autorités.
Le non-signalement équivaut à une non-assistance à personne en danger.
La non-assistance à une personne âgée maltraitée est sanctionnée par le Code pénal. L’article 434-3 prévoit ainsi une peine de trois ans d’emprisonnement et 45000 euros d’amende pour la personne qui n’aurait pas informer les autorités judiciaires ou administratives alors qu’elle a eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à une personne âgée.

Porter plainte pour maltraitance est une accusation lourde de conséquences

Il est donc primordial de s’assurer de son bien-fondé.
1-Evaluez les actes de maltraitance :
C’est la fréquence des actes et leur gravite qui doivent vous guider.
Un acte isolé et sans gravité peut n’être que la conséquence d’une nervosité ponctuelle et passagère de l’aidant et peut se réparer voire s’entendre.
C’est l’abandon quotidien et les gestes répétés de malveillances qui doivent être signalés et sanctionnés.
2-N’agissez pas seuls :
Ne vous précipitez pas, parlez-en avec vos proches, le médecin traitant ou autres intervenants professionnels.
Discutez, autant que faire se peut, avec la personne âgée afin que celle-ci vous fasse suffisamment confiance et accepte votre aide.
Sachez que lorsque l’aidant est une personne très proche, le dénoncer est particulièrement difficile et douloureux pour la personne âgée.

Qui contacter ?

En fonction de l’urgence et de la gravité de la situation, il existe plusieurs solutions pour signaler un fait de maltraitance.
-Lorsque la maltraitance est commise, en clinique ou en hôpital, par un professionnel, contactez tout d’abord son supérieur hiérarchique.
Appelez le 39 77, la plate-forme nationale d’écoute contre la maltraitance gérée par ALMA, l’association Allo maltraitance des personnes âgées et ou personnes handicapées, qui dispose de centres d’écoute.
Une personne écoutera votre présentation de la situation et vous conseillera sur les démarches à entreprendre. Elle transmettra votre dossier à la structure départementale avec laquelle elle a passé convention pour le traitement de ces situations.
-Dans le cas de maltraitance grave ou de mise en danger de la personne âgée, faites un signalement au Procureur et aux services de Police ou Gendarmerie.
Lorsque la personne âgée est en maison de retraite, signalez ce comportement à la direction de l’établissement. Si besoin, contactez l’ARS (agence régionale de santé) et le conseil départemental qui ont un devoir de contrôle et pourront ainsi venir vérifier et enquêter, et éventuellement prendre des mesures pouvant aller jusqu’à la clôture de l’établissement.

Prévention de la maltraitance

La maltraitance envers les personnes âgées n’est apparue que récemment dans le champ des préoccupations sociales.
De nombreuses stratégies ont été mises en œuvre pour prévenir la maltraitance des personnes âgées, lutter contre celle-ci et en atténuer les conséquences. Les interventions qui ont été expérimentées pour prévenir la maltraitance sont notamment:

  • campagnes de sensibilisation du public et des professionnels, notamment la journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées(le 15 juin de chaque année).
  • dépistage des victimes et des auteurs de violence potentielle : avoir conscience des signes pouvant laisser suspecter une maltraitance et y rester vigilant, permettra de déceler rapidement toute maltraitance.
  •  programmes intergénérationnels dans les écoles, dans le but de sensibiliser et d’éduquer les jeunes générations à cette problématique.
  • interventions de soutien aux personnes s’occupant de la personne âgée, comme la gestion du stress par exemple, via des psychologues ou autres intervenants qualifies.
  • politiques sur les soins en établissement pour définir et améliorer les normes de soins : la formation des différents professionnels de santé à la bientraitance, par exemple.
  • formations sur la démence destinées aux personnes s’occupant des personnes âgées, que leurs interventions se fassent au domicile de la personne ou en maison de retraite.

Les conséquences de la maltraitance

Les conséquences de la maltraitance peuvent être particulièrement graves chez les personnes âgées, leurs os étant plus fragiles et la convalescence durant plus longtemps. Même un traumatisme relativement bénin peut laisser des séquelles graves et définitives.

  • l’abus financier peut aller jusqu’à la ruine. La victime se retrouve alors sans le sou, incapable de s’offrir de quoi manger, et subit des conditions de vie déplorables.
  • les soins inappropriés, la personne risque de devenir grabataire, dénutrie, et de perdre l’usage de ses jambes.
  • la maltraitance psychologique peut entraîner une dépression, voire un suicide passif, la victime âgée cessant alors de s’alimenter, de se soigner et de se faire aider. Les conséquences sont variées et sont parfois très graves, mortelles.